Par Christian NDOUMOU BEKALE

LA MESAVENTURE DE BUSH EN IRAK : LES SIGNES D’UN BILAN
CHAOTIQUE
 
Comme  il  est  de  tradition,  et  ce  principalement  dans  l‟arène  politique  des  sociétés  dites démocratiques, la fin d‟un mandat s‟ouvre toujours sur la présentation d‟un bilan. S‟il est vrai que  les  bilans  sont  souvent  subjectifs  parce  qu‟emprunts  des  chapelles  ou  des  idéologies politiques et personnelles de  leurs auteurs, on  reconnaît  tout de même au bilan,  le mérite de revenir  de  manière  panoramique,  sur  les  réalisations  d‟un  homme  politique,  d‟un gouvernement ou d‟une administration.  Dans cette espèce d‟alliance contre nature à laquelle se livrent la politique et médias tant au niveau national qu‟international, la presse s‟efforce de traduire dans chaque bilan politique, les actions, des réalisations des ambitions, ou encore des carences, insuffisances et inconsistances d‟une politique quelconque. Le mandat du président Bush, dont on sait qu‟il prendra définitivement fin  le 20  janvier 2008, n‟échappe pas à cette règle  immuable  de  la  politique.  Bien  évidemment,  lorsqu‟on  est  le  chef  d‟un  Etat  dont  la  prégnance  et la puissance s‟apprécient au niveau mondial, les bilans ne peuvent que provenir de toutes les artères de la terre. Aussi maladroit que cela puisse paraître, un journaliste Irakien  a  tenu  à présenter  à  sa manière,  le bilan qu‟il  fait de  l‟administration Bush,  après 8  ans de règne  à  la maison  blanche.  En  effet,  lors  de  sa  visite  d'adieu  aux  dirigeants  irakiens,  cinq semaines  avant  son départ de  la Maison Blanche,  le président  américain  a  été  la  cible d'un correspondant d'une chaîne arabe anti-américaine. Ce dernier a jeté, sans l'atteindre, ses deux chaussures sur le président américain, en le traitant de "chien", lors d'une conférence de presse commune avec le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki. Dans la culture arabe, être qualifié de  "chien"  ou  se  voir  lancer  une  chaussure  est  l'insulte  suprême. On  se  souvient  d‟ailleurs qu‟en  2003,  juste  après  l'entrée  des  troupes  américaines  sur  Bagdad,  des  Irakiens  avaient frappé  la  statue  de  Saddam  avec  leurs  chaussures.  Le  message  du  journaliste  Irakien  à l‟endroit du président Bush semble donc on ne peut plus clair. Faisant chorus avec une frange importante  d‟observateurs  internationaux,  le  journaliste  irakien  considère  que  les  huit dernières  années  de  règne  à  la  maison  Blanche  s‟achèvent  sur  un  bilan  chaotique  et catastrophique. Chaotique d‟un point de vue politico-diplomatique, Catastrophique d‟un point de vue économico-stratégique.
 
UN BILAN POLITICO-DIPLOMATIQUE CHAOTIQUE

Si  l‟on  doit  reconnaître  que  la  guerre  contre  le  terrorisme  constitue  à  juste  titre  l‟un  des déterminants implacables de la politique étrangère américaine, il ne saurait nous échapper que sous l‟ère Bush, cette guerre a contribué à multiplier le sentiment d‟anti-américanisme  qui a envahi une bonne partie du   globe. C‟est dire qu‟au-delà de  la  légitimité que peut  conférer toutes  guerres  contre  le  terrorisme,    les Etats  puissants  doivent  éviter  d‟instrumentaliser  le droit international à travers une utilisation abusive  de la notion de guerre préventive. Tout en évitant de porter une  appréciation personnelle  sur  la dernière  guerre  américaine  en  Irak, on peut regretter que  tous  les arguments  légitimants cette bataille, aient aujourd‟hui été vidé de leur  pertinence.    L‟on  se  souvient  à  cet  égard,  de  l‟ancien  Secrétaire  d‟Etat  à  la Maison Blanche, Collin Powell, dont la démission en disait long sur le sentiment de duperie  dont il a été l‟objet dans le cadre d‟une guerre à la légalité et la légitimité étriquées.
En effet,  l'invasion de  l‟Irak et  le renversement de  la dictature de Saddam Hussein, qualifiés d‟ « erreur  stratégique »(1),  par  une  majorité  d‟experts,  ont  débouché  sur  un  fiasco  total.
L'occupation illégale d‟un Etat souverain. Plus de 4000 soldats tués et 30 000 blessés au sein des forces de l'US Army. Un budget grevé dont le coût des interventions en Afghanistan et en Irak  a  atteint  1000  milliards  de  dollars.  Logiquement,  l'opinion  publique  nationale  et internationale ne pouvait que basculer en faveur d'un retrait des troupes américaines.  
Paradoxe  des  paradoxes,  la  plus  grande  faiblesse  américaine  est  devenue  sa  force  et  sa puissance militaire.
 Cette  posture  stratégico-militaire  dont  s‟est  revendiquée  le  gouvernement  américain  ces dernières années, n‟a fait que multiplier ses ennemies  sur la scène internationale. Le locataire sortant de la Maison Blanche laisse donc à son actif, une kyrielle de rapports tendus avec un certain nombre d‟Etats dont la Russie, l‟Iran, le Vénézuela, la Bolivie etc…
L‟administration  Bush  n‟aura  donc  pas  su  faire  sienne  le  dictum  qui  postule  qu‟ «   être puissant c‟est bien, mais avoir des amis c‟est encore mieux ».
Paradoxalement  cette  force  brandie  à  toute  épreuve  par  la  puissance  américaine  sous  l‟ère Bush, n‟a pas  servi  à  résoudre des  crises  importantes  telles que  « génocide  soudanais »(2),  le conflit  israelo-palestinien, ni même  à désamorcer  la crise politique au Kenya qui  a  entraîné son cortège  troublant de morts. Ce qui explique que certains analystes, à  travers un cynique jeu de mots, sont allés jusqu'à effectuer un rapprochement entre le nom du président (Bush) et la boucherie qui  a  souvent  caractérisé  l‟actualité  internationale  sous  son  règne.   A  côté des guerres  et  des  crises,  le  gouvernement  américain  semble  s‟être  prononcé  pour  une  justice
internationale à double vitesse.  Impunité pour  les uns,  jugement et sanctions pour  les autres.
En  même  temps  qu‟ils  refusent  de  ratifier  le  statut  de  la  cour  pénale  internationale,  les américains s‟arrogent  le droit   de mener toute forme d‟action punitive   à Guantanamo. Cette gestion  politico-diplomatique  n‟est  pas  la  seule  à  plaindre  pendant  le mandat  du  président Bush. Ses choix économico-stratégiques ne sont guère reluisants.
 
UN BILAN ECONOMICO STRATEGIQUE CATASTROPHIQUE
 D‟après Paul Begala, ancien conseiller économique du Président Clinton,  George W  Bush  aurait  hérité  de  la  plus  puissante  situation  économique  de  l‟histoire  de l‟Amérique  lorsqu‟il a pris  le pouvoir en 2001. Les réserves américaines disposaient du plus important  surplus budgétaire de  leur histoire et de  la perspective d‟éliminer  la  totalité de  la dette  budgétaire  en  moins  de  huit  ans.  (...)  Et  pourtant,  Bush  a  „merdé,”confie  l‟ancien conseiller  économique,  par  ailleurs  auteur  de  l‟ouvrage  intitulé  “It‟s  still  the  economy, stupid”. Concrètement, au début de sa présidence, le président Bush se trouvait à la tête d‟un surplus de 281 milliards de dollars et un an plus tard, il s‟est retrouvé avec un déficit de 165 milliards.  Dans  le même  temps,  pas moins  de  deux millions  d‟Américains  ont  perdu  leur emploi et l‟effondrement des marchés a coûté 4,4 trillions de dollars aux investisseurs.
En  fait  les  nombreuses  décisions  économico-politiques  prises  par  l‟administration Bush  ne semblaient  pas  habitées  par  une  vision  à  long  terme  mais  plutôt  par  une  volonté  de récompenser  les  alliés  historiques  du  Parti  républicain  en  général  et  de  la  famille Bush  en particulier.  Son  plan  de  réduction  d‟impôt,  AMT,  en  est  la  meilleure  illustration.  Non seulement  il  a  libéré  les  grosses  sociétés  de  l‟obligation  de  payer  une  taxe minimum, mais surtout, impose le remboursement des quinze années déjà payées. Ce qui signifie que pour la première année seulement ce sont 25,4 milliards de dollars qui retournent aux entreprises dont la majorité figurent non seulement parmi les plus puissantes du pays mais aussi parmi les plus
généreux  contributeurs  à  la  campagne de George W. Parmi  celles-ci, on  retiendra  les noms d‟Enron  (remboursement de 254 millions), Chevron  (314 millions), Ford  ( 2,5 milliards) ou encore  General  Electric  (671  millions).  Conséquence,  les  inégalités  sociales  se  sont considérablement accrues. Et comme cerise sur le gâteau, une terrible crise financière dans la laquelle  les Etats-Unis ont embarqués  le monde, après avoir essuyés  la crise de Wall Street.
De quoi penser que tout n‟est que déchéance derrière le passage de George W. Bush.
 Après  la présentation d‟un  tel  tableau,  il est quand même  raisonnable de  se demander si on doit vouer aux gémonies,  l'ensemble de  l‟héritage du président Bush. En d‟autre  termes,  les reproches qui lui sont faits et le coût de sa politique étrangère ne nous entraînent-ils pas à tout rejeter en bloc, sans  laisser de place à  l'analyse froide et objective d‟une politique en "droite ligne" de ses prédécesseurs? Il est clair que des points positifs peuvent être mis à son actif. A titre  d‟exemple,  depuis  le  11  septembre  2001,  il  n'y  a  plus  eu  d'attaque  terroriste  sur  le territoire américain, alors qu'on peut penser que Ben Laden aurait certainement aimé répéter les attaques de 2001.  Il est  incontestable que  la sécurité  intérieure américaine a augmenté.  Il est  également  indiscutable  que  des  coups  très  durs  ont  été  portés  aux  réseaux  terroristes islamistes.  Et  enfin,  les  partisans  de  George W.  Bush  estiment  que  le  redressement  de  la situation en Irak depuis 2007, permet d'envisager une stabilisation à terme de ce pays, ce qui serait un succès pour les Etats-Unis. Toutefois, partant de l‟idée qu‟un bilan politique est très souvent subjectif, ces points positifs constituent certainement des actions jugées insignifiantes pour   Mountazer al-Zaïdi (3).  Pour ce dernier, les seuls faits qui retiennent l‟attention pendant le
règne mondial du président   Bush, sont si catastrophiques, qu‟il méritait qu‟on  lui  balance des chaussures  en  signe  de  contestation  virulente  à  un  bilan  jugé  chaotique. Un  geste  qui  nous inscrirons  certainement  dans  les  déviances  de  la  démocratie,  mais  qui  ne  manque  pas d‟enseignement.
 
 1 Lire la correspondance de Patrick  Sabatier dans „Le bilan des années Bush : une guerre sans fin, http//www.lepoint.fr.
2  Longtemps refoulée, l‟expression génocide a fini par être utilisée par le gouvernement américain à propos de la crise soudanaise.                                              
3  C‟est le nom du journaliste qui a lançé des chaussures au président Bush.

 


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