Par Paul Serges NTAMACK EPOH, Internationaliste.

  LA SÉCURITÉ ENVIRONNEMENTALE EN AFRIQUE.

De plus en plus les questions de sécurité gagnent en importance dans le monde, et en Afrique en particulier. L'environnement, le milieu dans lequel nous vivons, est sujet à plusieurs interactions naturelles et culturelles susceptibles d'agir sur les populations. C'est ainsi que l'effervescence qui gouverne l'action de la communauté internationale dans le domaine de la sécurité depuis Drago-Porter jusqu'à la Charte de San Francisco gagne progressivement en ampleur dans le domaine de la protection de l'environnement, corollaire de l'amélioration de la qualité et du cadre de vie. Le lien entre sécurité et environnement est fortement marqué de nos jours. Ainsi la dégradation de l'environnement, les changements climatiques et la pollution font ipso facto partie des facteurs importants qui affectent de plus en plus la sécurité des être humains en Afrique. Il est donc important de s'appesantir de prime abord sur lesdits facteurs, en étudiant notamment leurs causes et leurs effets sur la sécurité en Afrique, avant que d'en relever les éventuelles solutions.

LES CAUSES ET EFFETS

Les changements climatiques s'entendent de l'évolution naturelle du climat, désormais fortement influencée par les activités humaines. Il s'agit donc en premier lieu d'un phénomène lié à des évènements purement naturels. En effet, depuis la formation de notre planète les climats n'ont cessé d'évoluer à travers une succession de paléoclimats.

Toutefois, ces mutations climatiques naturelles par essence peuvent aussi être le fait de l'homme, de par ses activités. Cet effet anthropique sur le climat se manifeste par le réchauffement progressif du climat, en raison de l'accentuation du processus d'effet de serre par l'augmentation du rejet de certains gaz dits « gaz à effets de serre ».

En ce qui concerne la dégradation des sols, plusieurs processus peuvent en être l'origine : l'érosion et le drainage (qui en sont les facteurs les plus courants), la salinisation, l'acidification, la contamination, la latérisation ainsi que la disparition de la structure du sol ; sans compter que l'on note parfois des dégradations du sol liées à la combinaison de ces facteurs.

Contamination de l'air, de l'eau ou du sol par des substances qui altèrent le fonctionnement naturel des écosystèmes, ainsi que la qualité de vie et la santé humaines, la pollution est l'un des facteurs important de l'insécurité environnementale en Afrique. Les causes de la pollution, selon qu'elle est aérienne, aquatique ou du sol, sont diverses : rejets des usines industrielles, des incinérateurs, des moteurs à combustion interne (pollution automobile) - parmi ses manifestations visibles figurent le smog et les pluies acides - les déchets agricoles, les boues d'épuration, les rejets domestiques et municipaux (eaux usées), les déchets nucléaires et les rejets industriels, ainsi que le déversement dans les milieux aquatiques d'hydrocarbures de diverses origines (pollution par les hydrocarbures), des sols peuvent également être contaminés par des isotopes radioactifs provenant des essais d'armes nucléaires et — sur une superficie moindre mais préoccupante dans la zone concernée — par l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986. La contamination peut également être due à d'autres déchets chimiques ou à des sous-produits de processus industriels.

Quelque soit ses causes, la dégradation de l'environnement a moult effets négatifs pour la sécurité des populations car agit sur leur santé, sur celle des animaux et sur la végétation. De même, de nombreuses catastrophes sont souvent le fait de la dégradation de notre environnement. C'est dans ce contexte que l'homme peut se trouver en situation d'insécurité lorsque son milieu lui devient hostile !

Les effets sur la santé.

Dans sa demande d'avis sur la licéité de l'emploi de l'arme nucléaire adressée à la Cour Internationale de Justice (C.I.J.), l'Organisation Mondiale pour la Santé (O.M.S.) a fort bien illustré le lien ombilical entre la santé et l'environnement.

En effet, la pollution atmosphérique est souvent la cause de nombreuses maladies cardiovasculaires, troubles respiratoires et des cancers.

De même, les changements climatiques et la pollution (sol, air, eau) sont très souvent à l'origine des nombreuses épidémies, et de l'avènement de bon nombre de nouvelles endémies dues, entre     autres, à des mutations de microbes.

Les pertes économiques.

Elles peuvent être notables. En effet, les domaines tels l'aquaculture, l'agriculture, l'élevage, la pêche et le tourisme peuvent être fortement affectés (en effet on peut craindre des effets désastreux sur le bétail et les ressources halieutiques, ainsi que des dégâts importants sur les récoltes). Ceci est d'autant plus dangereux que ces secteurs sus cités sont les bases du développement des pays africains. Leur paralysie peut ainsi entraîner d'importantes pertes aux Etats sur le plan économique et financier, mais aussi être le facteur d'une importante crise alimentaire.

Autres risques.

Par ailleurs, un nombre important de catastrophes naturelles qu'a connu notre planète est le fait direct de la dégradation de l'environnement. On peut citer, parmi elles, les canicules, les sècheresses, les inondations, les glissements de terrains, les éboulements, les pluies acides, les smogs (brouillards de fumées)… qui peuvent entraîner des conséquences dramatiques, notamment pour des Etats africains qui ont encore mal à partir avec les questions de développement.

En outre, faudrait aussi noter le fait que face à une telle hostilité de son milieu de vie, l'homme est très souvent poussé à se mouvoir à la recherche d'un milieu plus favorable. Ceci est moins porteur de risques dans le cadre de l'exode interne que dans le cadre des mouvements transfrontaliers. Dans ce contexte particulier, au vu la porosité des frontières des Etats africains et des faibles mécanismes de gestion des frontières, les migrations des peuples riverains d'un Etat à l'autre sont quasi inévitables ce qui accentue les risques de conflits transfrontaliers.

En somme, pour être en sécurité dans son milieu de vie (son environnement), l'Homme doit faire corps avec celui-ci, ou plutôt le maîtriser, le dompter. Dans le cas contraire, celui-ci peut se révéler considérablement périlleux pour sa sécurité.

LES APPROCHES DE SOLUTIONS.

Consciente du fait que la nature, lorsqu'elle se rebelle, peut se muer en véritable ennemi de l'homme, la communauté internationale a déployer plusieurs actions en faveur de la protection de l'environnement, et donc de la sécurité environnementale. C'est ainsi que de nombreuses conventions internationale ont eu droit de cité, qui règlementent les activités de l'homme (facteur avéré de dégradation de l'environnement), et fixant des sanctions dont le but est de dissuader les éventuels contrevenants. Par ailleurs, outre cet arsenal juridique, les africains se doivent de mettre ne place des mécanismes de prévention, de précaution et, en cas de force majeure, des systèmes de prompte intervention.

La règlementation internationale en faveur de la protection de l'environnement.

La règlementation internationale en faveur de la protection de l'environnement ne s'est pas élaborée de façon spontanée. C'est en effet le fruit d'une lenteur, d'un mûrissement, d'une construction « années par années, anneaux par anneaux » pour reprendre la phraséologie du Poète Aimé Césaire.

Ce n'est en effet qu'en 1972 que l'Organisation des Nations unies (O.N.U.) se penche pour la première fois sur la question environnementale tout en la propulsant sur le devant de la scène internationale. Cette prise de conscience de l'impact du facteur anthropique sur l'environnement est à l'origine de la première conférence mondiale sur le climat à Genève en 1979.

Le Sommet de la Terre lance Action 21 (ou Agenda 21), qui est un large programme dont le but est notamment de promouvoir au XXIe siècle le développement durable (« développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs »).

A la suite de ce sommet, 178 États signent la Convention de Rio. À travers celle-ci, les pays industrialisés prennent le ferme engagement de réduire leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2) et d'autres gaz à effet de serre, puis à les maintenir à un niveau non dangereux pour le système climatique.

Toujours dans le sens de la lutte contre le réchauffement climatique, le protocole de Kyoto (1997) centre son action sur la réduction d'émission de six gaz à effet de serre (parmi lesquels le CO2, le CH4, et le N2O).

Cependant, la pratique internationale est fort révélatrice de la relative application de ces diverses conventions. Aussi est-il important pour les Etats africains, au-delà du respect de la règlementation internationale en faveur de la protection de l'environnement, de prendre des mesures d'un autre registre. 

La précaution.

Le principe de précaution découle d'une obligation coutumière. Il fait référence à un certain nombre d'obligations contraignantes à la charge des Etats. Il s'agit d'une règle de nature prudentielle en vertu de laquelle « pour protéger l'environnement, des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leurs capacités ».

Ce principe à l'origine coutumier, qui impose une obligation de s'abstenir aux Etats, a été repris par plusieurs instruments conventionnels parmi lesquels la Convention de Bamako de 1991 sur l'interdiction d'importer les déchets dangereux en Afrique.

Cependant, ce principe ne vaut que pour les dommages causés à l'environnement du fait de l'activité humaine.

La prévention.

Le de voir de prévention répond à deux exigences : celle de prévenir les dommages qui ne sont pas liés au fait de l'homme (donc émanant des causes naturelles), et celle d'empêcher la survenance des dommages causés à l'environnement à priori du fait du caractère souvent irréparable de ceux-ci.

Le devoir de prévention (qui a connu sa consécration normative à travers le Principe 21 de Stockholm) doit pouvoir convaincre les Etats africains, dans la modestie de leurs moyens financiers et technologiques, de mener des études et de mettre en place des projets dont le but est d'arriver à maîtriser les sources de changements climatiques, de pollution et de dégradation de l'environnement.

La prompte intervention.

Le problème des Etats africains en matière de sécurité environnementale est très souvent lié à leur incapacité de prévenir les dommages causés à l'environnement et, partant, leurs effets sur les populations riveraines.

Face à ce problème, il serait important que ceux-ci puisses mettre en synergie un système multilatéral, et surtout solidaire, d'intervention. Celle-ci se doit d'être prompte. En effet, s'il est difficile de prévenir et de maîtriser les dommages causés à l'environnement, il est important et avantageux de pouvoir en prévenir les conséquences.

Pour ce faire, l'approche idoine serait sans doute l'approche régionale, avec des relais au niveau sous-régional. L'Union Africaine (U.A.) pourrait donc créer un organe (permanent ou ad hoc) donc le rôle serait de prendre des mesures pour faire cesser des situations d'insécurité ou de menace d'insécurité environnementales dans les différents points de notre continent.

En une phrase, disons que les problèmes environnementaux en Afrique ont une telle ampleur et des conséquences telles que les Etats de ce continent se doivent de leur donner l'importance qu'ils méritent, et de prendre les mesures nécessaires pour relever les défis de la sécurité environnementale. Ceci se doit d'être une obligation de tous, et de chacun !

 


Comments

ANDELA
02/11/2009 02:42

Bonjour cher ami,
c'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu cet article portant sur "la sécurité environnementale en Afrique",tu connais bien ma sensibilité à propos des questions d'environnement.J'ai trouvé l'approche intéressante car fortement marquée par la dimension pédagogique(causes,effets,solutions).
Permets moi tout de même de formuler quelques réserves sur certains points:
-tout d'abord je pense que tu aurais dû insister davantage sur les aspects conceptuels:qu'entends-tu par sécurité environnementale? Se confond-elle à la protection de l'environnement? La notion de "changements climatiques",le"principe de précaution" ou de "prévention" font l'objet de définitions par des textes internationaux auxquels,je pense, tu aurais pu te référer.
-en outre,je crois pour ma part qu'il aurait été utile que tu reviennes sur le dispositif normatif et institutionnel de sécurité environnementale en Afrique(et de façon plus globale sur la stratégie africaine de sécurité environnementale)afin de relever ses échecs et sur cette base les perspectives de son amélioration.En fait,je crois qu'avant de faire de nouvelles propositions,il est impérieux de faire toujours le diagnostic de la situation existante.
-enfin,je pense qu'il est nécessaire lorsqu'on parle de sécurité environnementale de transcender la dimension intergouvernementale(pertinente mais non suffisante)afin d'insister également sur le rôle fondamental que doivent jouer les acteurs non gouvernementaux sur la question:les femmes,les jeunes,les communautés de base,les associations,les entreprises,etc.Mon point de vue est que la sécurité environnementale en Afrique passera du stade de la fiction à l'état réel lorsque ces différents acteurs auront réellement pris conscience de la nécessité qu'il y a à protéger leur environnement,d'où l'intérêt d'une conciliation entre approche normative et approche pédagogique.

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01/25/2012 15:08

Appreciate your information

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01/27/2012 11:16

Good info bro

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03/22/2012 22:06

good post

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05/12/2012 22:39

Nice post bro

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05/31/2012 11:06

Nice one info, thx

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07/17/2012 00:09

Nice one info, thanks

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